Journal de survie 11 – Ce point dans la poitrine

Il y a des moments où tout peut basculer. Pas demain. Pas plus tard. Maintenant.

On le sent avant même de comprendre. Un point dans la poitrine. Un poids qui se resserre, comme si quelqu’un tirait un fil invisible depuis l’intérieur. Une pression si forte qu’elle a un goût. Un goût métallique, acide, presque froid.

Ça arrive face à un problème financier qui dépasse nos forces. Face à une injustice qu’on ne peut pas corriger. Face à ce qui tremble en nous autant qu’autour de nous. Face à quelque chose qui ne dépend plus de nous.

C’est ça, le pire : ne plus avoir de prise. Regarder le monde avancer sans pouvoir poser la main dessus. Sentir que le futur se décide ailleurs, sans nous, malgré nous.

On essaie de respirer. On essaie de se dire que ça va passer. Mais le corps, lui, ne ment pas. Il sait avant nous que quelque chose est en train de se jouer.

Ce point dans la poitrine, c’est le signal. Le rappel brutal que la vie peut changer en une seconde. Qu’on peut perdre un travail, un logement, une personne, une certitude. Qu’on peut tomber sans avoir le temps de tendre les bras.

Et pourtant, malgré cette pression, malgré ce goût étrange, on continue. On avance. On tient. Parce qu’on n’a pas le choix. Parce qu’il y a un enfant qui nous regarde. Parce qu’il y a un lendemain, même flou, même fragile.

Ce point dans la poitrine ne disparaît jamais complètement. Mais il devient un repère. Une preuve qu’on est vivant. Qu’on ressent. Qu’on traverse.

Et qu’on survit, encore.


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